Le bâton de marche

16.12.03

 

archivage

Joseph a toute une tripotée de frères plus agés, et comme c'est le petit dernier, c'est bien évidemmment le ptit-chouchou-à-son-papa. Les autres ne peuvent donc pas le sacquer.
Alors comme ils ont un ciboulot, ils le font marcher : si plus de petit frère, plus de chouchou, on récupère toutes ses affaires (à l'époque, ils n'avaient pas tout pleins de pc ou autres ordi portables, c'est à dire qu'en gros ils se sont bien fait chier pour un "beau manteau"... génial) (mais bon, sinon, ya pas d'histoire) donc Bingo ! ils décident de s'en débarrasser.

Tatataaaa... ils emmènent le petit frère dans le désert sous un prétexte bidon (style "mince alors, il y a uneuh vilaine bêteuh qui nous mangeuh tous nos moutons euh... allons donc lui casser la gueuleuh ! Oh mais ouh là là, c'est uneuh grosseuh bêteuh, il faut qu'on y aille tousseuh !) (je te passe la scène dans laquelle le vieux papa-poule veut pas laisser partir son fiston à Moscou, euh, je veux dire, à la chasse à la castagne) (lui, il a plus de ciboulot que ses dégénérés de fistons... mais il se fait avoir quand même).
Donc ils emmènent le ptit chéri (d'Agapi), et paf ! (le chien) (non, rien à voir), au détour d'un tumulus, ils le balancent dans un trou, boum (si je me goure pas)...
Là, il fait moins le fier, le petit gars (il faut ajouter pour leur défense qu'il la ramène sans arrêt, alors que quand on est le petit dernier, mon ptit Joseph, on ferait bien de la mettre plus souvent en veilleuse) (d'abord). Donc le jeune blanc bec, d'un coup, il se sent tout con et il appelle sa mère (bon, c'est pas dit, mais c'est fort probable).
C'est à ce moment que les grands costauds... ça leur fait quand même bizarre, tu comprends.

Donc s'ils voulaient s'en débarrasser, c'est là qu'ils commettent leur première erreur (élémentaire mon cher Watson) : voyant passer une caravane qui va en Egypte (l'Egypte, c'était les USA d'alors : plein de pognon, tout le temps à se prendre pour les chefs...), leurs petites consciences leur soufflent de vendre le frangin aux marchands, en plus ils ont une sale bobine, il va aussi en baver, et après, il sera esclave, ça va bien le calmer aussi (imagine le en train de laver le living room d'une riche égyptienne...). Et puis ça fera des sous, tiens.
Au passage, ils ont récupéré le beau manteau, en le trempant dans du sang de mouton (ils n'ont que ça sous la main... d'ailleurs, je me demande maintenant si l'histoire de la grosse bête en maraude, c'était pas du pipeau...) donc, tout mouillé de ketchup rouge, ça fera croire qu'il s'est fait bouffer tout cru (bah oui, s'il aidait un peu plus aux champs, il serait plus costaud et il aurait sauvé sa peau...) (na !).

Sur ce coup, c'est quand même un peu des salauds (si je peux me permettre une réflexion personnelle), parce que le vieux papa, il va culpabiliser grave (bin oui : qui lui épargnait les heures de corvées sous le soleil dans les champs... ? c'est bibi !) (le papa, y a pas de bibi dans l'histoire ! suis, un peu !)

Mais les grands dadais, ils auraient dû réfléchir un peu plus loin que le bout de leur nez, parce qu'est ce qu'il y a en Egypte ? Tout le tralala (oui, ils sont pétés de thunes) : c'est l'egyptian way of life (tout le monde antique les copie comme des japonais), le rêve égyptien (ouhlà, elle est bien bonne celle là)...
On commence comme balayeur, puis on s'achète une brouette, on se met en association avec un autre balayeur, puis on arrête de balayer et on embauche d'autres balayeurs (si tu as une idée du taux de natalité du coin à l'époque, imagine le nombre de petits gars qui se sont retrouvés à balayer un living room égyptien) (par exemple, parce qu'on peut toujours trouver pire).
Donc le petit Jo, il commence comme esclave, mais comme il a le sens des affaires, il se dit : "Joseph, c'est pas une vie, ça, dis moi, tu penses continuer longtemps ? Non, bien sûr, alors trouve toi un ptit boulot un peu mieux payé mon fils, tu auras une belle tunique blanche, un living room, de belles esclaves..." (chacun pour soi, hein).
Il réfléchit... et quelle est la branche porteuse d'alors (tiens, mais dites moi, ca marche encore pas mal aujourd'hui !) et qui ne nécessite pas pleins de diplômes (du genre un MBA à Alexandrie, tu vois), ou 5 ans d'expérience minimum dans le domaine , pour être reconnu ? Hein ? Hein ?
Réponse : tout ce qui touche au surnaturel.

Il commence alors par expliquer les rêves de son patron, un boulanger. D'accord, ça va pas chercher loin, mais attends la suite : le patron, il est en cheville avec qui ? Pharaon !!! L'homme le plus puissant de la planète région ! Le type capable d'envoyer tout le paquet contre un de ses anciens associés sans que personne n'y regarde...
Alors que se passe t'il, lorsque le boulanger s'aperçoit qu'il est pas complètement con, le petit Jo ? Il le recommande au Big Boss, pour se faire bien voir (on appelle ça de la cooptation) !
Nouveau coup de pot, le grand chef avait justement besoin d'un type comme Joseph (on peut dire que c'est cousu de fil blanc, oui, qu'on devine déjà la fin comme n'importe quelle série B égyptienne, c'est vrai... mais c'est comme ça).

Alors Joseph se pointe (bien comme il faut, il est pas la moitié d'un idiot, il a compris la leçon du manteau) et explique le célèbre coup des vaches qui se mangent les unes les autres (une sorte de "vache folle" locale, sauf qu'en courtisan avisé, Jo s'est bien gardé de sortir une histoire d'Encéphalopathie Spongiforme Bovine : c'était un coup à prendre une baffe et aller se faire masser par un crocodile).
Le Big Boss, ca ne lui annonce pas de bonne nouvelles, mais il est ébloui : ce petit jeune, il le lui faut ! D'accord, il ne sort pas d'Alexandrie, et il a un peu tendance à parler argent, mais il a appris sur le tas, il en a là dans le ciboulot et il a le sens des affaires. Tope là, t'es embauché.

Joseph devient alors le bras droit de Pharaon. Va pas chercher plus loin, t'as tout compris, un type comme ca, y en a pas deux. Qu'est ce qu'il peut faire alors ? Alors... ? Aloooors ?
Par le biais de la Central Egyptian Agency, il se renseigne sur sa vieille famille... (Imagine: "salut les frérots, devinez où c'est que j'bosse... !") !!!
Et là, seconde erreurs des frangins qui n'ont pas évolué un poil : c'est la dèche chez eux (et partout aussi, sauf en Egypte, grâce à Joseph), plus rien à se mettre sous la dent, alors ils raclent les fonds de tiroirs (pour ça, ils ne sont pas à la rue) et vont voir... en Egypte, comment ça se passe, à dos de chameaux (des chameaux-people, si tu veux, c'était plus simple que de prendre le bateau).
Donc les frangins se pointent, mais sans le (nouveau) petit dernier arrivé entre-temps et qui s'appelle Benji. Evidemment, ils ne reconnaissent pas le patron (Pharaon, lui, ne s'occupe plus de rien sauf signer les chèques et appuyer sur le bouton quand on lui demande : avec un bras droit pareil...).
Mais le gars Joseph, lui il l'a mauvaise, quand il les voit (eh, il en a bavé avant d'arriver là, faudrait voir à pas l'oublier, hein !) donc il résiste pas à l'idée de leur en coller une, mais en plus fin (depuis que c'est le boss, il a rattrapé son "retard", c'est un gars fin, maintenant, avec des draps de soie et tout...).
Pour commencer, il les convoque et les traite d'espions ("espèces de communistes !") (ils ont dû essayer de marchander, les cons). Le truc qui tue, tout le monde les regarde en s'écartant... Il les colle trois jours à la fraiche ("vous avez fait bon voyage ?" "comment, un peu chaud ?") en taule, et quand il les fait ressortir ils sont tous là à faire dans leur froc, en racontant n'importe quoi pour lui faire comprendre qu'ils sont pas des espions : "mais non, on est des frères, et y en a même un qui manque il est resté avec notre père, et tout, on est pas des espions monsieur, euh, monseigneur, enfin, votre grâce, quoi, s'il vous plait, pourquoi nous..." (vraiment n'importe quoi, donc).

Et là, le Jo, il prend son pied, ça a dû le faire vraiment bien marrer. Sa vengeance, il la savoure en gourmet. Mmmmmmh "Tu m'en diras des nouvelles !" Mais ce n'est que l'entrée, car vise un peu ce qu'ils lui servent : un nouveau ptit frangin !
A ce moment, il chamboule ses plans et improvise... "Euh, okay, vous êtes pas des espions, les gars, mais pour le prouver, vous me le ramenez, ce petit frère" ("boulés glandés !") ("C'est à moi qu'tu parles, non mais, c'est à moi qu'tu parles ?!").
Là, les grands dadais, ils n'ont pas le choix. Ca ne fait qu'une connerie de plus, après tout... Et puis, le vilain chef égyptien a gardé Siméon en otage, pour les obliger à revenir vraiment ("plouf plouf, ce lui qui rest te ras ce se ra toi ! Siméon, file dans ta chambre, t'as gagné un séjour à l'hôtel").

Imagine la tronche du père quand ses bons à rien de fils se ramènent comme des glandus... Il a loupé ca, Joseph, mais il aurait aimé la scène du ramonage de bronches, sûr.
Bon, pas le choix, Benji est obligé, et tout, donc ils y retournent, et pas fiers, les gars. Joseph les voit alors se radiner quelques semaines plus tard (aller-retour en classe éco, c'est pas le plus direct, surtout en chameaux) avec Benjamin. Il libère Siméon, leur permet de s'acheter ce qu'ils veulent (n'oublions pas le sens des affaires, dans tout ca... et tu peux être sûr qu'ils ont payé le prix fort sans marchander, ce coup ci), mais il veut encore goûter la suite du plat.
Donc quand ils se barrent, il fait planquer dans le sac de Benji sa propre coupe, genre "ouh le gros voleeuur" (voler, cNul)...
Et avant qu'ils ne repassent la frontière, oh comme par hasard, qui c'est y donc qui se ramène dans son char flambant neuf ??? C'est Joseph, pardi ! Et l'air pas content du tout, ils recommencent tous à compter leurs abattis. Il les engueule un bon coup (oui, ca devient long, mais c'est la fin, et c'est souvent trop long, les séries B) les traite de voleurs (la tronche qu'ils tirent tous !) et comme par hasard, qu'est ce qu'il y a dans le sac de Benjamin... ? La coupe !!! Haaaaaan !!!
Pour les frangins, c'en est trop : ils pleurent, appellent leur mère, se vident sur leur sandales, rampent un peu à l'écart (mais ça ne sert à rien parce qu'ils sont cernés), et caetera.

Bon, pour la fin, j'abrège : après les avoir bien fait flipper ("je garde le petit voleur en esclave") (sbaf !), ils en sont tous dégoutés, imagine ce qu'ils prendraient à la maison, il finit par se dévoiler (tadaaa "Je suis Joseph") (il doit avoir envie de revoir Pôpa, surtout). Il fait venir toute la famille en Egypte où il est le patron (et ça fait du monde, ce qui créera pas mal de problèmes d'intégration par la suite, mais ceci est hors sujet aujourd'hui). Bref, tout finit bien pour tout le monde, et ils vécurent heureux pendant de nombreuses années.

THE END